Présence sur territoire inconnu

J’ai été invitée par le Château Coquelle pour une présence artistique dans un quartier.

Celui de Degroote à Téteghem. Il subit une rénovation urbaine. Cela veut dire: Démolition et Reconstruction. Ça, c’est pour les murs, le bâtiment.

Mais, avant d’être l’histoire d’immeubles vétustes et d’un projet innovant, c’est avant tout, une multitude d’histoires d’êtres vivants.

« DEGROOTE » , veut dire « le GRAND ». Un Goliath abattu d’un caillou. Quand le géant s’effondrera le murmure qui se répandra sera celui de ses habitants. J’aimerai être là pour le faire entendre.

J’envisage ce projet sur deux axes:

Le premier 

L’idée serait d’aborder le Quartier De Groote comme un monde en soi, qui fonctionnerait en autonomie avec ses propres codes, son propre langage, sa propre culture et sa propre mythologie.

Telle une anthropologue, j’aimerai le parcourir et tenter de le comprendre. 

Rencontrer, écouter ses habitant.e.s, accueillir leur parole et tisser un lien.

Puis, il faudrait répertorier et lister le sensible pour en faire une sorte de cartographie du visible et de l’invisible.

Ensuite me vient la question du chez soi. 

Qu’est ce qui fait qu’on est chez nous? Quel est notre droit à vivre sur un territoire et à déclarer que c’est chez nous? 

Parce que c’est notre Pays, notre Terre? 

Non, je ne pense pas que ça se soit suffisant.

Il n’y a qu’une seule chose qui nous lie à un territoire et à ses habitant.e.s : 

c’est l’Histoire Commune.

Il faudrait ici, chercher à révéler la Mythologie DeGroote.

Ma question est donc la suivante : Quelle est l’histoire de l’Exil?

Le second

J’aimerai me servir du projet De Groote comme d’un laboratoire de recherche pour établir un protocole d’intervention, établi à partir d’une expérimentation empirique et sensible. 

Il serait comme un mode d’emploi ludique et poétique d’une présence et d’un regard artistique sur un territoire. Et pourquoi pas, imaginer qu’il puisse être utilisé comme une boite à outils à caractère évolutif et exponentiel?

J’aimerai être présente sur les trois phases: Expulsion/Destruction/ Rénovation.

Il me semble évident que pour une cohérence de l’ensemble du projet, il faut une présence sur les trois périodes. Je pense que, pour les habitant.e.s, le Temps du Récit ne peut réellement venir que sur la dernière phase.

La place de l’artiste est celle d’un regard témoin, d’un amplificateur, d’un canal, d’un fédérateur. Même si c’est le temps qui est le facteur le plus important, on peut guider pour que la vie devienne récit et que ce récit nous appartienne au point de devenir notre propre mythologie. On devient alors conteur.se de notre mémoire.

 Si nous prenons en charge d’édifier la mémoire de ce que nous sommes et de ce que nous avons été, nous sommes déjà en train d’écrire demain.